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Modes de regroupement des élèves

Photographie : © Ecole la Découverte

Par Béatrice Haenggeli

Dans le contexte scolaire, l’enseignement peut se dérouler sous différentes formes selon les modes de regroupement des élèves. Ces modes sont choisis par l’enseignant en fonction des objectifs poursuivis, des tâches à effectuer et des conditions dans lesquelles se déroulent l’enseignement (âge des élèves, effectif, présence d’un adulte supplémentaire, etc.). Le rôle du maître, la place des savoirs ainsi que les effets de l’action éducative varient selon le mode de regroupement choisi.

Ces variations proviennent, notamment, de la manière dont se déroulent les interactions pédagogiques, très différentes d’un mode de regroupement à l’autre. Par exemple, dans un enseignement frontal, les interactions s’effectuent principalement sous forme d’aller-retour entre le maître et les élèves. Dans un enseignement par groupes, elles circulent entre élèves, l’enseignant restant en retrait des échanges et de l’activité proprement dite. Le contexte dans lequel se déroule l’enseignement, en particulier l’âge des élèves, peut influencer le choix des modes de regroupement. Chez les petits (3-6 ans), on observe une alternance fréquente de ces différents modes car le temps de concentration des élèves dans une forme d’enseignement est court.

Globalement, on distingue cinq différentes manières de regrouper les élèves. L’enseignant peut passer de l’une à l’autre dans une même journée, dans une même séquence didactique, voire dans une même leçon. Certaines, comme le mode frontal ou classe entière, sont privilégiées dans certains contextes (par exemple dans les degrés secondaires ou supérieurs), en raison d’effectifs souvent très élevés. Les modes de regroupement listés ci-dessous sont parmi les plus utilisés dans les degrés primaires de la scolarité, mais d’autres formes existent ou restent à inventer.


Mode “frontal” - classe entière

Ce mode d’enseignement est basé sur une prise en charge collective des élèves, autrement dit sur une interaction du maître avec la classe entière. On l’appelle parfois « enseignement frontal » car le maître se place face aux élèves et c’est lui qui transmet les savoirs et dirige l’activité. Les interactions pédagogiques s’effectuent sous la forme d’un dialogue entre le maître et les élèves, dans une sorte d’aller-retour. Le maître peut aussi susciter une discussion commune entre élèves, mais il reste dans une position centrale car c’est lui qui gère le débat.

Ce mode de regroupement permet de s’adresser à tous les élèves à la fois, de donner des consignes communes, de fédérer le groupe autour de mêmes informations. Mais il implique une vigilance particulière pour mobiliser l’attention de tous, pour s’assurer que tout le monde apprenne, canaliser les leaders et empêcher les évitements. Plusieurs études montrent que ce mode de regroupement crée des inégalités car il donne l’illusion d’offrir le même enseignement à tous, alors que chaque élève intègre les notions différemment et inégalement.

Le mode d’enseignement collectif est parmi les plus utilisés dans le contexte scolaire. Dans les degrés secondaires où les contenus de savoirs sont imposants et les effectifs d’élèves élevés, il est la forme privilégiée. Dans les degrés primaires, il est aussi très utilisé mais souvent proposé en alternance avec d’autres modes de regroupement. Parmi eux, la demi-classe est une sorte de forme hybride entre l’enseignement frontal et l’enseignement par groupes. Le plus souvent, c’est une stratégie qui permet à l’enseignant de fonctionner selon un mode collectif mais avec un plus petit effectif d’élèves.


Mode participatif - par groupes

Dans l’enseignement participatif, les élèves sont répartis par groupes dans lesquels ils doivent s’impliquer pleinement dans une tâche en collaboration avec leur(s) camarade(s). Les groupes peuvent être composés de 2, 3, 4 élèves selon l’objectif visé et le type de travail attendu. Ce mode de regroupement suscite un positionnement différent de l’adulte qui ne se situe pas « face aux élèves » mais plutôt à leurs côtés, à leur disposition en cas de besoin. Il n’est donc plus un transmetteur de savoirs ni un juge, mais plutôt un organisateur ou collaborateur.

Ce type d’enseignement nécessite une réflexion préalable de la part de l’enseignant sur le type de groupes à former (homogènes, hétérogènes, tutorat, nombre d’élèves par groupe, etc.) en fonction des objectifs visés, que ce soit en termes de savoirs scolaires, de savoir-faire ou de savoir-être. Il implique aussi une réflexion sur le fonctionnement des élèves au sein de ces groupes : les élèves ont-ils tous le même rôle ou ont-ils des tâches particulières (par ex. secrétaire, contrôleur du temps, rapporteur, etc.) ? Peuvent-ils choisir eux-mêmes leurs camarades ou est-ce le maître qui fait la répartition ?

Il y a 100 ans déjà, Roger Cousinet, instituteur et inspecteur primaire français, avait mis au point une méthode de travail libre par groupes dans laquelle les enfants pouvaient choisir entre différentes activités préparées pour eux et s’organiser en groupe pour les réaliser. Ces activités étaient réparties en différents types :

- activités de création (travail manuel : artisanat, jardinage, élevage) ou création “spirituelle” (dessin, peinture, musique, composition libre, poésie) ; l’arithmétique étant introduite à ce niveau comme mesure de l’action).

- activités de connaissance : activités d’apprentissage sur les animaux, les plantes, les minéraux, les phénomènes physiques ou chimiques, l’histoire et la géographie.

Différents types de groupes peuvent être formés :

- GROUPES HOMOGENES : groupes réunissant des élèves de niveau similaire dans un domaine alors que leur âge et leurs connaissances peuvent être différents en dehors de ce domaine.
Les groupes à niveaux permettent de cibler un objectif particulier et de focaliser le travail sur les besoins qui lui sont liés. Ces groupes ne sont pas destinés à fonctionner de manière prolongée. Ils jouent le rôle de « coup de pouce » dans des situations particulières. Une fois que les élèves ont surmonté leur difficulté, le groupe s’arrête ou est reconfiguré par l’enseignant.

- GROUPES HETEROGENES : le plus souvent, ces groupes sont formés par les élèves eux-mêmes, le niveau importe peu dans ce cas–là. Il s’agit plutôt de rassembler les élèves par affinité pour favoriser les échanges, susciter une réflexion commune, dynamiser les conflits sociocognitifs. Ce mode de regroupement est particulièrement propice dans des situations de découverte ou de structuration d’un apprentissage, par exemple dans des recherches en mathématiques, en sciences, etc.


Mode tutorat / parrainage

Ce type de regroupement consiste à placer deux élèves en situation d’apprentissage, l’un étant plus expert que l’autre dans la tâche demandée. Il s’agit de susciter ainsi un apprentissage « par les pairs » qui stimule autant le novice que l’expert. Il est utilisé dans des cas de structuration d’apprentissage, d’entraînement de notions et de mutualisation des savoirs. Ce mode de regroupement favorise l’implication de chacun, valorise les élèves et met en avant les réussites. Il peut s’organiser au sein d’une classe, mais aussi entre élèves de classes différentes, impliquant des enfants de même âge ou d’âges différents, et dans des buts variables selon les contextes.


Mode individuel

Le mode de regroupement individuel peut se décliner de deux manières différentes : une manière « indifférenciée » ou une manière « différenciée ».

Dans le premier cas, les tâches individuelles sont pareilles pour tous les élèves et ceux-ci doivent les effectuer dans des conditions identiques en respectant les mêmes consignes. Ce type de regroupement permet la production d’un travail observable et identifiable que le maître pourra évaluer. Il permet aussi d’entraîner des notions nouvelles, de fixer des acquis, mais il comporte des difficultés : comment assurer la compréhension de TOUS les élèves de l’objet attendu, de la nature de la tâche demandée ? De plus, elle implique un système de suivi très rigoureux et efficace.

Dans le deuxième cas, les tâches sont différenciées, adaptées en fonction des aptitudes de chacun tout en conservant un objectif commun à tous. Il permet une différenciation et développe l’autonomie. Les tâches à effectuer de manière individuelle, peuvent être de types différents : exercices (entraînement), ateliers, recherche, rédaction, travail à l’ordinateur (exercices, jeux, rédaction), recherche dans des ouvrages de référence, etc.


Liens :

Tableaux récapitulatifs des modes de regroupement :

- Classes maternelles : http://www.ia22.ac-rennes.fr/jahia/webdav/site/ia22/shared/maternelle/documents%20animations/AUTOUR%20DES%20MODES%20DE%20REGROUPEMENT.pdf

- Académie de Nancy (recherche 2013) : http://www4.ac-nancy-metz.fr/ia54-gtd/maternelle/sites/maternelle/IMG/pdf/GT_MAT_TABLEAUModes_de_regroupementSTAGE_DEC2013.pdf


Bibliographie :

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ALTET, M. (1998). Les pédagogies d’apprentissage. Paris : PUF.

Astolfi, J. P., Peterfalvi, B., & Vérin, A. (2011). Comment les enfants apprennent les sciences. Paris : Retz.
Baudrit, A. (2005). L’apprentissage coopératif: origines et évolutions d’une méthode pédagogique. Bruxelles : De Boeck Supérieur.

MEIRIEU, P. (1991). Itinéraire des pédagogies de groupe. Apprendre en groupe ? Lyon : Chronique sociale.

MEIRIEU, P. Pourquoi le travail en groupes ? http://www.meirieu.com/ARTICLES/pourqoiletdgde.pdf

Paquay, L., Altet, M., Charlier, E., & Perrenoud, P. (2001). Former des enseignants professionnels: quelles stratégies? quelles compétences?. Bruxelles : De Boeck Supérieur.

Peeters, L. (2009). Méthodes pour enseigner et apprendre en groupe. Bruxelles : De Boeck Supérieur.

Toubert-Duffort, D. (2009). Penser et apprendre en groupe. De la fonction contenante au travail d’élaboration. Le Français aujourd’hui, (3), 45-54.