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Les sciences affectives : l’étude interdisciplinaire des émotions

Les sciences affectives correspondent à un domaine de recherche académique qui s’est développé de manière intégrée depuis le début des années 2000 et dont l’objectif est d’étudier les émotions et les autres phénomènes affectifs (p.ex., humeurs, motivations, et préférences) de manière interdisciplinaire grâce à l’apport de disciplines, expérimentales ou non, qui se rejoignent sur un même objet d’étude : les processus affectifs. Ainsi, de nombreuses expertises académiques sont réunies pour comprendre les émotions (voir Sander, 2015 ; Sander & Scherer, 2009).

Les psychologues et les neuroscientifiques commencent à révéler l’architecture fonctionnelle des émotions ainsi que les circuits cérébraux impliqués. La psychiatrie et la psychologie clinique s’intéressent aux théories de l’émotion pour étudier leur rôle dans de nombreuses conditions cliniques, telles que la dépression ou l’anxiété ou des troubles du développement, par exemple l’autisme. La recherche en économie est longtemps restée un bastion des modèles fondés sur la logique formelle. Pourtant, des chercheurs en économie se sont vu décerner des prix Nobel pour leurs théories sur les biais affectifs dans la prise de décision et le jugement.

De plus en plus de philosophes analysent les concepts émotionnels et la cohérence des théories contemporaines de l’émotion. Et d’autres disciplines sont également concernées : les juristes s’intéressent à des émotions comme la honte et la culpabilité, ainsi qu’aux déterminants émotionnels du sentiment de justice. Les politologues se penchent sur les raisons émotionnelles qui conduisent à exprimer telle opinion ou tel vote. Historiens et anthropologues tentent de savoir si les émotions sont universelles, et dans quelle mesure elles ont un passé et varient en fonction de la culture.

La question des émotions dans les œuvres de fiction, que l’on s’intéresse à celles ses auteurs, des personnages ou des lecteurs, est de plus en plus étudiée en littérature. Les informaticiens et chercheurs en intelligence artificielle essayent de créer des systèmes capables de reconnaître et d’exprimer des émotions. Mais, sans doute atteint-on ici une des limites de nos possibilités : faire ressentir des émotions naturelles à des robots (voir Chapitre 1 in Sander, 2015).