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CISA

Q : Vous êtes le directeur du Centre Interfacultaire des Sciences affectives. Qu’est-ce qu’on y fait exactement ?

DS : Le Centre Interfacultaire en sciences affectives - le CISA - est un Centre de l’Université de Genève qui accueille le Pôle de recherche national en sciences affectives. Le terme « sciences affectives » signifie que l’on étudie l’affect, c’est-à-dire tous les phénomènes affectifs, les émotions principalement mais également les autres phénomènes affectifs tels que les humeurs, les préférences ou encore les motivations, avec l’aide de tous les domaines académiques pertinents. Par exemple, notre centre regroupe des recherches en psychologie, neurosciences, philosophie, littérature, économie, et informatique.

Notre centre est très inclusif parce que nous avons bien compris que pour vraiment comprendre un phénomène aussi complexe que l’émotion, un grand nombre d’approches sont utiles. Parmi nos objectifs, nous pouvons citer ceux de comprendre comment les émotions sont déclenchées, de comprendre ce qui se passe dans notre organisme lorsque nous avons des émotions, de comprendre comment l’on peut réguler, les émotions, de comprendre les effets de l’émotion sur d’autres cognitions comme par exemple la mémoire, l’attention, l’apprentissage, ou la prise de décision. Pour cela, nous essayons de bénéficier de toutes les méthodes qui sont actuellement disponibles en neurosciences et en sciences humaines et sociales.

Q : En tant qu’enseignant, éducateur, quelles sont les domaines, les grands pans des recherches en neurosciences qui nous concernent directement ou indirectement ?

DS : Alors, bien entendu, les recherches qui sont faites en sciences affectives, en sciences cognitives, en neurosciences ont une application potentiellement majeure sur de grands domaines de la société. En particulier, le domaine de l’école peut et pourra énormément bénéficier de recherches qui sont faites dans ces domaines-là. C’est une dynamique qui a démarrée il y a plusieurs années.

En effet, l’école est un lieu d’apprentissage de la vie, mais aussi, bien entendu, d’apprentissage de connaissances : le programme scolaire. Il est donc évident que si l’on comprend mieux les mécanismes par lesquels l’individu peut apprendre et raisonner, les mécanismes qui font qu’un individu va exprimer, ressentir, et réguler telle ou telle émotion, les mécanismes par lesquels un individu est capable de porter son attention soutenue sur une situation, qui vont faire qu’il va encoder une situation, la consolider, s’en rappeler, bref si l’on arrive à comprendre l’émotion et ses effets sur toute une série de mécanismes cognitifs, cela permet de collaborer avec les sciences de l’éducation et les enseignants pour réfléchir à des programmes scolaires qui sont mieux adaptés en prenant en compte la différence interindividuelle des enfants, pour optimiser les possibilités d’apprentissage des élèves. Ainsi, cela permettra de faciliter les apprentissages « classiques » tels que le programme scolaire les proposent, mais aussi pourquoi pas d’apprendre des compétences émotionnelles, telles que réguler ses émotions ou comprendre les émotions d’autrui.

L’école pourrait être un lieu dans lequel non seulement on apprend ce qui est classiquement enseigné mais aussi ce qui est important pour d’autres domaines de la société et de la vie des individus. Dans cette perspective, il me semble que les recherches qui sont faites en laboratoire, même s’il y a beaucoup de travail de terrain à faire pour essayer de voir comment est-ce que l’on pourrait les appliquer, ont un potentiel immense, il faut vraiment travailler main dans la main avec les professionnels, avec les experts dans les écoles - pédagogues qui connaissent le terrain - parce que c’est vrai que dans nos laboratoires on a nos limites, mais de ce que l’on voit dans les recherches qui sont menées, on pense vraiment qu’il y a un potentiel d’application. Quand on commence à comprendre les mécanismes psychologique et cérébraux qui sous-tendent l’apprentissage, l’attention, la mémoire, le raisonnement, le langage, la cognition sociale et les émotions, l’on se dit que l’on peut être utiles aux enseignants.

Q : Quels sont les liens internet et la bibliographie concernant le CISA et intéressant les enseignant(e)s et éducateurs/trices ?

Concernant le CISA de manière générale, le lien qui présente nos projets de recherches est le suivant :
http://www.affective-sciences.org/content/research

Une série de projets qui s’intéressent au développement des émotions, notamment dans le milieu scolaire pourrait être intéressant :
http://www.affective-sciences.org/content/emotional-development

La plupart de mes publications sont disponibles sur ce lien :

http://cms.unige.ch/fapse/EmotionLab/publications

http://cms.unige.ch/fapse/EmotionLab/books/books.html

Un membre du CISA, le Professeur Edouard Gentaz, a récemment coordonnée un numéro spécial de la revue ANAE qui est justement destiné aux enseignant(e)s et éducateurs/trices pour une première introduction :
http://anae-revue.over-blog.com/2015/12/anae-n-139-apprentissages-cognition-et-emotion.html