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Les élèves à besoins éducatifs particuliers

Quels élèves cela concerne-t-il ? Comment identifier leurs besoins ? Comment accompagner ces élèves en classe ordinaire ?

Par Caroline Planchamp – Avril 2016

Caroline Planchamp est psychologue, au bénéfice d’un master de psychologie du travail, des groupes et des organisations. Elle est aussi enseignante avec 15 ans d’expérience dans les classes élémentaires des écoles privées genevoises. Elle est maman de trois enfants, dont un avec des besoins éducatifs particuliers. Actuellement, elle se spécialise dans l’accompagnement à l’inclusion scolaire d’élèves avec des besoins spécifiques.

Contact : planchamp.caroline{at}gmail.com

 


 

Tous les élèves ayant des difficultés pour apprendre dans une situation donnée présentent des « besoins éducatifs particuliers ». Des aménagements pédagogiques sont souhaitables afin de leur assurer une progression dans les apprentissages. Parfois, le recours à des dispositifs spécifiques ou à des structures spécialisées s’avère nécessaire mais le maintien en classe ordinaire reste une priorité dans le contexte d’une école et d’une société inclusives (voir à ce sujet l'article l'Ecole inclusive).

Dans cet article, nous verrons la diversité des besoins éducatifs particuliers, comment identifier ces élèves et leurs besoins, et enfin quels types d’adaptations pédagogiques sont envisageables.

Les éléments que vous retrouvez dans ce document ont été élaborés à partir de plusieurs sources, le plus souvent francophones (suisses, françaises, belges, québécoises). Lorsque cela est possible et pertinent, les références sont genevoises, car il est intéressant pour un lecteur genevois de partager le langage et les références des professionnels de sa région. Ces informations permettront de sensibiliser et de clarifier certaines interrogations concernant ce vaste domaine de préoccupation... Mais cet article ne fournit pas tous les aspects qui définissent chacun des troubles ou déficiences. Il ne remplace pas le jugement d’un professionnel. Pour davantage de précisions, des références sont données au bas des pages. Une recherche d’informations supplémentaires sera possible en cliquant sur les liens.


Qui sont les élèves avec des besoins éducatifs particuliers ?

Notion assez récente, l’expression « élèves à besoins éducatifs particuliers », venue du « Special Educational Needs » anglophone, recouvre une population d’élèves très diverse.

Lorsqu’on l’évoque, le terme d’élève « handicapé » y est en partie associé. Mais cette notion de « handicap » a beaucoup évolué ces dernières années. Aujourd’hui, nous considérons qu’un handicap ou un trouble n’a pas de valeur en soi mais seulement quand il est pris dans son contexte environnemental1. Un enfant peut être en « situation de handicap » à un moment donné, mais l’être beaucoup moins grâce à des adaptations ciblées. Par exemple, une personne avec une déficience auditive est en situation de handicap pour communiquer si elle interagit avec des personnes qui s’expriment oralement. Dès lors qu’on utilise la langue des signes ou que cette personne est en mesure de procéder à la lecture labiale, elle n’est plus en situation de handicap dans ce contexte précis. En revanche, elle conserve des « besoins particuliers ».2

Alors concrètement, qui sont ces élèves ? Les élèves ayant des besoins spécifiques dans les classes peuvent être confrontés à des problématiques très variées.

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 Nous distinguons les causes suivantes :

-> des troubles neurodéveloppementaux
-> des troubles organiques
-> des troubles psychologiques
-> des difficultés socio-économiques ou culturelles
-> le cas particulier des élèves à haut potentiel

Chaque catégorie est détaillée ci-dessous. La présentation de chaque trouble ou difficulté se veut courte et non-exhaustive afin de donner au lecteur une vue d’ensemble. Néanmoins, pour chaque cas, des liens vers des fiches d’accompagnement spécifique sont proposés (les définitions et fiches d’aménagements sont issues majoritairement du site genevois « cap intégration »3 et du site canadien « learn alberta »4).

 Besoins éducatifs particuliers (Illustration empruntée au site internet de l'Académie d'Aix-Marseille, http://www.clg-montand.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?rubrique109)

1. Les troubles neurodéveloppementaux :

Cette catégorie regroupe les difficultés liées au développement du système nerveux de la personne. Ces troubles se manifestent généralement lors de la petite enfance et avant l’entrée à l’école. Ils se caractérisent par un retard de développement qui affecte le fonctionnement de la personne tant sur le plan personnel, social, scolaire que professionnel5.

troubles neurodéveloppementaux bulles

Vue synthétique des troubles neurodéveloppementaux, d’après le DSM V (Illustration empruntée au site de l'ANPEIP Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces http://www.anpeip.org)

-> Troubles spécifiques des apprentissages (TAS) : difficultés persistantes d’apprentissages et d’utilisation des habiletés académiques dans les domaines de la lecture, de l’écriture ou des mathématiques et qui se manifestent en l’absence de tout déficit visuel, auditif, neurologique ou intellectuel et malgré une scolarisation normale.
Dyslexie : trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture, lié à une difficulté particulière à identifier les lettres, les syllabes ou les mots.
Dysorthographie : trouble sévère et durable de l’apprentissage de l’orthographe.
Dyscalculie : trouble spécifique du calcul ou plus largement de l’arithmétique ou des mathématiques.
Dysgraphie : trouble de la réalisation du geste graphique.

-> Troubles moteurs : troubles regroupant des difficultés au niveau de la coordination des gestes, des mouvements stéréotypés ou des troubles tics, interférant avec les activités sociales.
Dyspraxie ou Trouble d’Acquisition de la Coordination (TAC) : trouble spécifique du développement moteur.
Syndrome Gilles de la Tourette : trouble neurologique causant un grand nombre de tics moteurs involontaires et de comportements inhabituels.

-> Troubles de la communication : troubles du langage, de la parole, de la fluence, de la pragmatique du langage et troubles de la communication non précisés ailleurs.
Dysphasie : trouble spécifique, primaire, structurel et persistant du développement du langage oral. Elle peut être plus ou moins sévère et se présenter sous différentes formes.
Bégaiement : trouble qui affecte le débit et le rythme de la parole. 

-> Déficiences cognitives (ou intellectuelles)
Déficience cognitive légère : fonctionnement intellectuel inférieur à la moyenne de manière significative, combiné, ou non, à un déficit du comportement adaptatif.
Déficience cognitive modérée : fonctionnement intellectuel inférieur à la moyenne de manière considérable, combiné à un déficit du comportement adaptatif.
Déficience cognitive sévère : fonctionnement intellectuel de beaucoup inférieur à la moyenne, combiné à un déficit important du comportement adaptatif.
Trisomie 21 ou syndrome de Down : anomalie chromosomique qui cause des retards dans le développement physique et intellectuel.
Syndrome de l’X fragile : incapacité mentale héréditaire avec déficiences cognitives de légères à sévères.

 

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Jeune garçon trisomique en classe ordinaire

-> Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) : trouble neurobiologique affectant certains circuits cérébraux responsables notamment du maintien de l’attention sur la durée et de la résistance aux distracteurs.

-> Troubles du spectre autistique (TSA) : troubles neurologiques permanents complexes qui altèrent les fonctions cérébrales et qui peuvent entrainer des problèmes de communication, de comportement et d’interaction avec les autres.

2. Les troubles organiques :

Cette catégorie concerne les élèves présentant des déficiences sensorielles ou physiques ainsi que ceux confrontés à une maladie organique chronique.

-> Déficiences sensorielles (auditive ou visuelle)
Malentendance ou surdité : perte de la fonction auditive partielle ou totale.
Malvoyance ou cécité : perte de la fonction visuelle partielle ou totale.

-> Déficiences motrices : ensemble des maladies génétiques, systémiques, neurologiques, neuromusculaires ou rhumatologiques, pouvant toucher la motricité d’une manière ou d’une autre.

-> Pathologies organiques chroniques : longues maladies entraînant des absences, des ruptures scolaires éventuelles, avec un risque de marginalisation engendrant un inévitable sentiment d’exclusion.

 3. Les troubles psychologiques :

Cette catégorie regroupe les troubles de l’humeur, du comportement, du caractère.

Dépression chez l’élève : maladie psychique dont les manifestations habituelles sont la tristesse, le sentiment d’incapacité, de culpabilité, de difficulté à éprouver du plaisir, la difficulté à se mettre en mouvement, mais qui peut prendre des formes très différentes chez l’adolescent.
Trouble bipolaire à l’adolescence : variations d’humeur pathologiques qui, par leur durée, leur intensité et leur régularité, ont un impact important sur le fonctionnement social et scolaire.
Trouble anxieux : appréhension excessive et persistante accompagnée de manifestations physiques comme la transpiration, des battements cardiaques accélérés, un inconfort à l’estomac.
Trouble des conduites : modèle de comportement persistant dans lequel sont bafoués les droits fondamentaux d’autrui : comportement impulsif, souvent dangereux et inacceptable du point de vue social.
Trouble obsessionnel-compulsif : affection dans laquelle les obsessions (pensées) ou les compulsions (comportements répétitifs) sont assez graves pour être chronophages, entrainer une détresse marquée ou perturber de façon significative les activités de tous les jours.
Trouble oppositionnel avec provocation : ensemble de comportements persistants (agressivité, provocation) et un besoin d’ennuyer ou d’irriter les autres.

 4. Les difficultés socio-économiques ou culturelles :

Cette catégorie concerne les élèves présentant des difficultés découlant principalement de facteurs environnementaux : socio-économiques, culturels ou linguistiques.

Situation familiale ou sociale difficile : élèves dont les familles se trouvent confrontées à d’importantes difficultés professionnelles, familiales, sociales ou financières, limitant significativement un suivi bienveillant des apprentissages de leur enfant.
Arrivée récente dans le pays : élèves allophones (ne parlant pas la langue du pays).
Mode de vie itinérant : élèves issus de familles du voyage, itinérantes ou sédentarisées, ayant souvent peu fréquenté l’école et présentant parfois des difficultés avec le français.

 5. Le cas particulier des élèves à Haut potentiel (HP ou Elèves Intellectuellement Précoces)

Les élèves HP sont des élèves avec des aptitudes intellectuelles exceptionnelles (QI bien supérieur à la moyenne), avec un mode de pensée et un fonctionnement affectif qualitativement différents qui peuvent engendrer des difficultés d’apprentissage.

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A la rencontre des pensées d’un élève intellectuellement précoce (illustration empruntée à l'Académie de Versaille - L’élève à haut potentiel ou EIP : http://www.le-cheval-a-rayures.fr/wp-content/uploads/2014/05/EIP-91-presentation-CDDP.pdf)


 Références :

1 Depuis 2001, l’Organisation Mondiale de la Santé préconise, dans sa Classification du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF), d’évaluer un problème en tenant compte des déficiences mais également des limitations d’activité engendrées et des restrictions de participation à la vie en société, tout cela en lien avec les facteurs environnementaux qui peuvent s’avérer être des obstacles supplémentaires ou au contraire des facilitateurs. Ainsi, la notion de handicap devient très variable en fonction du contexte, du moment.

2 MEULI, Natalina, ZUCCONE, Cecilia. Intégrer à Genève, inclure en Finlande : qu’en pensent des élèves à besoins éducatifs particuliers ?. Maîtrise : Univ. Genève, 2013

Site du Département de l’Instruction Public qui donne aux professionnels de l’éducation des pistes d’intervention auprès des élèves à besoins éducatifs particuliers : https://edu.ge.ch/site/capintegration

Site canadien proposant de nombreuses fiches pour les enseignants sur les troubles et les stratégies d’adaptation : http://www.learnalberta.ca/content/inmdictf/html

DSM 5 Diagnostic and Statistical Manual of mental disorders, 2013 (traduction libre)


Pour en savoir plus :

Site suisse de pédagogie spécialisée, proposant des fiches « d’informations à l’intention des enseignants sur les troubles, les mesures de différenciation pédagogiques et la compensation des désavantages » : http://www.szh.ch/fr/Thmes-et-projets/Projets/Besoins-ducatifs-particuliers-et-intgration/page34525.aspx

Site dont l’objectif est d’ « informer pour mieux scolariser les élèves malades », propose un classement par ordre alphabétique de maladies, troubles de santé, handicaps, etc., avec préconisations correspondantes : http://www.tousalecole.fr

Site genevois privé (élaboré par une maman) proposant des informations sur certaines déficiences ou difficultés d’apprentissage, ainsi qu’un annuaire neutre dans lequel les thérapeutes peuvent proposer leurs services : https://troublesdapprentissage.com

Dossier documentaire et pédagogique pour repérer, comprendre et aider les enfants à haut potentiel : http://pedagogie1.ac-reunion.fr/circons/stdenis1/Doc2012/Les_eleves_intellectuellement_precoces_guide_974.pdf

Exemple de dispositif d’accueil pour des élèves allophones en France : http://www.ac-grenoble.fr/savoie/pedagogie/docs_pedas/eana_doc_accueil/index.php?num=1124

Dossier sur la scolarisation des Roms en Europe : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/30-octobre-2007.pdf


Quels éléments me permettent d’identifier les besoins éducatifs particuliers d’un élève dans ma classe ?

1. Un diagnostic posé 

Parfois, un élève arrive dans une classe avec une déficience ou un trouble visible, évident ou avec un diagnostic avéré. La prise en charge de cet élève se fait alors sur cette base et un plan d’accueil est élaboré dès la rentrée. Cette situation est souvent assez simple du point de vue de la communication entre les adultes autour de l’enfant car tout le monde se réfère à une même réalité de besoins. Cela n’empêche pas que les points de vue puissent différer en ce qui concerne le mode d’accompagnement et les adaptations nécessaires.

2. Des signes observés à la maison et en classe

D’autres fois, souvent dans les petites classes, aucun diagnostic n’a encore été posé. Des troubles sont observés par les parents et les adultes qui entourent l’enfant (crèche, nounou, grands-parents, etc.) mais on attend bien souvent de voir comment cela va évoluer en grandissant. Lorsque les problèmes persistent, notamment en classe, et qu’ils impactent les apprentissages, parents et enseignants doivent alors se réunir pour mettre en commun ce qui a été observé à l’école et à la maison. Le médecin de l’enfant doit être interpellé à ce sujet par la famille. Du côté de l’école, et toujours avec l’accord des parents, les personnes en charge de la détection et de l’orientation des enfants présentant des difficultés d’apprentissage (Office Médico-Pédagogique, psychologues scolaires...) peuvent être sollicitées pour effectuer un premier bilan de dépistage.

3. Des problèmes surviennent en classe

Parfois enfin, seul l’enseignant semble remarquer des problèmes de comportement ou des résultats scolaires inquiétants. Les parents ne paraissent pas s’en inquiéter ni même entendre les alertes de l’enseignant. Cela peut s’expliquer par une difficulté importante, pour les parents, de reconnaître et d’admettre les particularités de leur enfant à ce stade. Cette réaction est une réponse normale au stress que cette réalité engendre. Pour l’enseignant, il est important de respecter le temps d’acceptation des parents et de les accompagner dans la détection des besoins de leur enfant. La première façon de le faire est de se positionner sincèrement et explicitement comme partenaire des parents, pour le bien de l’enfant, sans jugement. Cela est simple à dire et paraît évident mais c’est parfois difficile pour un enseignant qui se trouve déstabilisé face à des comportements ou des difficultés qu’il n’arrive pas à gérer. Par conséquent, le recours à une personne ressource qui pourra le guider et le soutenir dans ce cheminement peut s’avérer fort utile.

4. L’identification des symptômes

Les symptômes sont les manifestations visibles d’un trouble. Ils peuvent donner des informations sur les causes des difficultés d’un élève. Tout élève présentant un symptôme particulier ne va pas forcément être porteur d’une pathologie mais savoir repérer ces signes peut aider à identifier des besoins spécifiques. Les liens ci-dessous mènent vers des listes de comportements qui, s’ils sont nombreux et récurrents, peuvent alarmer l’enseignant :

Troubles d’attention
Troubles du comportement
Troubles du langage
Troubles de la motricité

A partir de cette sensibilisation, un temps de partage sur les troubles ou difficultés repérés doit être pris au sein de l’équipe éducative, avec les parents et avec les professionnels. Les adaptations nécessaires pourront alors s’envisager.


Références :

Site genevois privé (élaboré par une maman) proposant des informations sur certaines déficiences ou difficultés d’apprentissage, ainsi qu’un annuaire neutre dans lequel les thérapeutes peuvent proposer leurs services : https://troublesdapprentissage.com


Comment accompagner au mieux un élève avec des besoins éducatifs particuliers dans ma classe ordinaire ?

Dans les pays francophones (et dans de nombreux pays), la tradition a été longtemps d’éduquer les élèves séparément, en fonction de leur capacité, ou non, à s’adapter à l’école ordinaire. Ainsi, les élèves en situation de handicap étaient orientés en milieu spécialisé, d’autres, en échec scolaire, étaient très vite déscolarisés. Aujourd’hui, nos sociétés évoluent vers une école pour tous, une école inclusive. Des lois encadrent depuis longtemps l’obligation de différenciation en classe (1989 en France, 1993 à Genève), depuis moins longtemps l’inclusion (2005 en France, 2010 à Genève), mais l’accès à l’éducation en école ordinaire est maintenant un droit. D’ailleurs, dès que l’on se penche sur le concept de cette école inclusive, cela nous paraît évident, naturel, humaniste. Pourtant, ce n’est pas si simple. En effet, l’école a été conçue pour instruire le plus grand nombre d’élèves et nous souhaitons maintenant qu’elle puisse répondre à des besoins très spécifiques. Cela demande des adaptations, qu’il faut concevoir et mettre en place avec l’équipe éducative.

1. L’évaluation des besoins

L’observation est le premier outil d’évaluation. Mais en cas de difficultés persistantes et importantes, une évaluation des besoins pourra être faite avec des outils dédiés (GEVA-SCO pour la France, PES en Suisse, autres évaluations spécifiques selon les troubles). Selon l’élève et les résultats des évaluations des besoins, différents niveaux d’adaptations sont possibles, du plus courant au plus spécifique.

2. La différenciation

Elle s’effectue au quotidien. Selon Philippe Perrenoud, « Différencier, c'est rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous ; c'est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs qui placent régulièrement chacun, chacune dans une situation optimale. Cette organisation consiste à utiliser toutes les ressources disponibles, à jouer sur tous les paramètres, pour organiser les activités de telle sorte que chaque élève soit constamment, ou du moins très souvent, confronté aux situations didactiques les plus fécondes pour lui. »1 Le document « Adapter son enseignement » présente, d’une façon synthétique mais très complète, des pistes pour :

-> réduire les difficultés liées au séquençage (alphabet, jours, mois, tables de multiplication...)
-> réduire les difficultés du traitement visuel
-> réduire les difficultés liées aux mémoires : mémoire de travail / mémoire à long terme
-> réduire les difficultés liées aux ressources attentionnelles
-> éviter la spirale de la perte de l’estime de soi (amour de soi, vision de soi, confiance en soi)

Selon le niveau et les besoins de l’élève, la différenciation peut passer d’une simple flexibilité à des adaptations plus importantes. Cela n’empêche pas l’élève de suivre le même programme que ses camarades, mais différemment.

Parfois, certains élèves ont des objectifs différents. Les contenus pédagogiques ainsi que les évaluations bénéficient de modifications importantes. Le programme n’est plus le même que celui des autres élèves. Dans ce cas-là, l’équipe éducative et la famille sont associées à cette décision car cela a un impact sur la suite des études.2

Pyramide Differenciation

La différenciation pédagogique (Illustration empruntée au site internet Plan d'intervention et mesures adaptatives au primaire, http://plandintervention.blogspot.ch)

En Suisse, de nombreux dossiers à l’intention des enseignants et émanant de structures institutionnelles recommandent des adaptations pour des troubles ou des déficiences spécifiques. Ceux-ci permettent d’avoir accès à une politique de différenciation pédagogique « officielle », notamment pour ce qui concerne les évaluations. On peut les retrouver sur le site genevois cap integration (https://edu.ge.ch/site/capintegration) ou sur le site du Centre suisse de pédagogie spécialisée (CSPS) (http://www.szh.ch/fr/page33725.aspx) à Berne.

3. Le recours à des structures d’appui

Pour des besoins de remédiation, l’intervention de structures d’appui existantes peut être utile : aide personnalisée, enseignant d’appui, co-enseignement, aide aux devoirs... Il est alors nécessaire de voir au sein de l’école ou avec le réseau éducatif (autres écoles, services sociaux, communes, associations...) ce qui existe afin de proposer à l’élève et à sa famille ce qui peut l’aider au mieux. Par exemple, dans le cas d’un élève allophone (qui ne parle pas la langue), un cours FLE (Français comme Langue Etrangère) est proposé, dans l’établissement de scolarisation ou dans un autre. Par ailleurs, il peut être intéressant d’inviter les parents à participer à un groupe de sensibilisation à la culture de l’école du pays d’accueil, souvent animé par les acteurs sociaux de la ville.

4. La mise en place d’un plan d’accueil

plan perso

Certains besoins nécessitent un dispositif d’accueil spécifique. En Suisse romande, un PEI (Projet Educatif Individualisé) est un dossier qui synthétise les forces et les faiblesses d’un élève puis de déterminer ses conditions d’accueil en milieu éducatif. En France, il existe plusieurs plans (PAI, PPRE, PAP ou PPS – voir ci-contre) qui permettent de répondre aux besoins spécifiques des élèves, des allergies alimentaires aux troubles d’apprentissage, en passant par les situations de handicap. Ces plans proposent des protocoles médicaux, des mesures renforcées d’appui scolaire, la présence d’un accompagnant personnel (Assistant à l’Intégration Scolaire, Auxiliaire de Vie Scolaire) ou la mise en place d’un enseignement spécifique.3 Tous ces dispositifs sont coordonnés par des personnes en mesure de rassembler les différents acteurs du réseau autour des élèves.

Les plans d'accueil spécifiques en France - Image du Ministère de l'Education Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

 

 

5. La compensation des désavantages pour les examens

En Suisse, des directives officielles définissent la politique en matière de « compensation des désavantages ». Cette expression désigne l’aménagement des conditions dans lesquelles se déroule un examen. Les directives visent à neutraliser ou diminuer les limitations occasionnées par le trouble ou la déficience de l’élève. Cela porte donc sur les conditions de l’examen et non sur les objectifs académiques et de formation, qui eux, restent inchangés. Ainsi, un étudiant avec un déficit auditif pourra être accompagné d’un interprète de la langue des signes, un autre pourra bénéficier d’un tiers-temps, etc. Cette compensation, pour être effective, doit faire l’objet d’une démarche de demande bien précise4.

6. L’élève et sa famille au centre du dispositif

Il est important de terminer cet exposé en rappelant qu’il est essentiel de maintenir l’élève et les parents au cœur du dispositif mis en place. En effet, les parents représentent, la plupart du temps, le principal soutien de l’enfant au quotidien. Par ailleurs, ce sont eux qui suivent sans interruption le jeune année après année et assurent, au mieux, la continuité des actions menées. Ils sont souvent très bien renseignés sur le trouble de leur enfant et sont en mesure de communiquer les informations importantes à l’enseignant dès la rentrée scolaire, voire même à la fin de l’année scolaire précédente.De leur côté, les professionnels accompagnent et épaulent les parents afin qu’ils comprennent bien les difficultés observées et les aides proposées. Cette collaboration entre les familles et les professionnels est devenue incontournable, c’est un véritable partenariat. Les décisions finales en matière d’aménagements ou d’orientation sont le fruit d’un consensus.5

Pour davantage d’informations sur l’organisation d’une classe inclusive 
Pour davantage d’informations sur l’organisation d’une école inclusive

Exemples de scolarisation des élèves avec des besoins éducatifs particuliers en France. Scolarisation des élèves handicapés. EducationFrance.


 Références :

1 Différenciation pédagogique. Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Diff%C3%A9renciation_p%C3%A9dagogique

2 Trois formes de différenciation en évaluation. Site La différenciation pédagogique. http://differenciation.org/pdf/3formes_en_eval.pdf

3 Handicap, Besoins éducatifs particuliers, Quelle scolarisation ? Pour une école inclusive. ONISEP Basse-Normandie, 2014.

4 Compensation des désavantages. Site du Centre suisse de pédagogie spécialisée, http://www.szh.ch/fr/Plateforme-dinformation-pour-la-pdagogie-spcialise-en-Suisse/Compensation-des-dsavantages/page34767.aspx

5 Guerdan, V. (2010). Vers de nouvelles formes d’engagement social unissant familles, praticiens et chercheurs. Brochure d’information, ART21.


Pour en savoir plus :

Ce site canadien propose plusieurs outils de différenciation des leçons et des évaluations sous un format très visuel et accessible : http://differenciation.org

Site du Département de l’Instruction Public qui donne aux professionnels de l’éducation des pistes d’intervention auprès des élèves à besoins éducatifs particuliers : https://edu.ge.ch/site/capintegration

Site suisse de pédagogie spécialisée, proposant des fiches « d’informations à l’intention des enseignants sur les troubles, les mesures de différenciation pédagogiques et la compensation des désavantages » : http://www.szh.ch/fr/Thmes-et-projets/Projets/Besoins-ducatifs-particuliers-et-intgration/page34525.aspx

Le site suivant propose de nombreuses pistes de réflexion pour la construction d’une école inclusive en France : http://www.versunecoleinclusive.fr

Ajout de la rédaction du pôle : Site par un parent d'enfant autiste s'étant spécialisée dans les problématiques de l'inclusion scolaire : http://www.autisme-et-strategies-dapprentissage.ch

è Déficiences sensorielles (auditive ou visuelle)

https://edu.ge.ch/site/capintegration/deficiences-sensorielles/

-          Malentendance ou surdité : perte de la fonction auditive partielle ou totale.

https://edu.ge.ch/site/capintegration/deficiences-sensorielles/malentendance-ou-surdite/

-          Malvoyance ou cécité : perte de la fonction visuelle partielle ou totale.

https://edu.ge.ch/site/capintegration/deficiences-sensorielles/malvoyance-ou-cecite/