Index de l'article

Les rôles de l’animateur en philosophie pour les enfants et adolescents

Selon l’approche choisie, la posture de l’adulte va considérablement varier. Dans le dispositif de Jacques Lévine, l’adulte est volontairement silencieux, tandis que dans les autres approches, l’adulte doit intervenir lors des échanges. Comment doit-il le faire ? C’est l’objet de bon nombre de réflexions, car la posture de l’adulte va jouer un rôle déterminant dans l’atteinte des objectifs que l’on fixe pour cette pratique en classe. Autrement dit, quelles interventions pour quelles finalités ?

En aucun cas, il ne s’agit de proposer un cours ex-cathedra, dont l’enjeu serait de faire mémoriser aux élèves ce que les philosophes ont dit. Il ne s’agit pas non plus de conduire les élèves à refaire le parcours réflexif que ces penseurs ont emprunté pour parvenir à la conclusion que l’on enseigne dans un cours de philosophie standard. En fait, il conviendrait de dire que la philosophie à l’école primaire et secondaire ne s’enseigne pas, mais se pratique, un peu comme on y pratique la musique, sauf que l’instrument dont il s’agit d’apprendre à jouer ici s’appelle penser et l’enseignant doit, de manière générale, encourager les élèves à le faire par eux-mêmes.

Il dispose pour cela d’un arsenal de questions qui stimulent différentes habiletés de pensées chez les élèves et grâce auxquelles il peut leur montrer comment dépasser le partage d’opinion ou d’expression de sentiments afin d’aller jusqu’à l’examen des idées. Son rôle n’est pas de donner les réponses, mais de soutenir les élèves dans leur réflexion et de les encourager à employer les habiletés de la pensée qu’il estime appropriées pour faire avancer la recherche. L’enseignant agira donc comme un modérateur qui donne la parole et questionne les élèves de telle sorte qu’ils dépassent la simple opinion, argumentent leurs idées et opèrent la mobilisation de ces habiletés de la pensée qu’il s’agisse de raisonnement ou de conceptualisation. Dans ce cadre, l’enseignant sera appelé à considérer attentivement les processus, c’est-à-dire les manières dont les élèves s’y prennent pour organiser leurs recherches et leurs réflexions. Il devra aussi leur permettre d’entrevoir une multiplicité de points de vue et faire en sorte qu’ils intègrent des considérations logiques, éthiques, esthétiques et métaphysiques dans leur réflexion. Son rôle sera également de les aider à déconstruire, s’il y a lieu, certains préjugés qui pourraient émerger lors de ces échanges. En fait, le contrat didactique de l’enseignant est assez différent de son mandat traditionnel. M. Gagnon souligne que « l’enseignant doit opérer un véritable renversement dans sa manière de procéder, puisque la transformation d’une classe en une communauté de recherche philosophique présuppose qu’il renonce à la formule magistrale de la réponse au nom d’une pédagogie dialogique du questionnement et de l’investigation et ce afin que les élèves puissent s’approprier, par la pratique, les habiletés d’une pensée réflexive et critique » (Gagnon, 2005, p.1).