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Historique de la pratique de la philosophie avec les enfants et les adolescents

L’idée de pratiquer la philosophie avec des enfants ou des adolescents remonte aux anciens grecques et Socrate restera sans doute une figure emblématique d’un mouvement qui ne faisait que commencer. Socrate aimait interpeller les jeunes et les interroger sur leur conception du monde. Il engageait avec eux un dialogue dans lequel ses interlocuteurs découvraient des connaissances encore non révélées. Cette démarche, que l’on nomme la maïeutique, vise à faire exprimer des savoirs cachés en soi et se caractérise par un questionnement qui pousse à la réflexion et qui met l’interlocuteur au défi de penser.

Cette pratique du dialogue a peu à peu disparu dans la tradition philosophique. Les interlocuteurs se sont transformés en auteurs, les échanges se sont progressivement faits par la plume et les réponses aux grandes questions de l’existence ont pris la forme de volumineux ouvrages.

A la fin des années soixante, un philosophe américain, Matthew Lipman, et sa collaboratrice, Ann-Margaret Sharp, ont alors l’idée originale d’introduire cette pratique du dialogue philosophique dans le monde de l’éducation et d’en faire un outils pédagogique pour accompagner les enfants dans le développement de leurs habiletés de pensée. Ils décident d’écrire des histoires pour les enfants qui intègrent les différentes sous-disciplines de la philosophie. Progressivement, ils élaborent tout un curriculum dans lequel les enfants découvrent, par une lecture en classe, des règles logiques, des principes éthiques, des questionnements métaphysiques et des considérations esthétiques. Leur intention au départ, légèrement différente de celle de Socrate, est de permettre aux enfants, dès le plus jeune âge, de se forger une tête bien faite en leur apprenant les mécanismes de base du raisonnement logique et en les habituant à l’exercice du dialogue.