De l'importance de porter un regard éclairé sur l'enfant en développement

La raison d’être du cerveau immature

 

Par Solange Denervaud, doctorante en neurosciences à l'université de Genève

Nous sommes des êtres profondément sociaux, et les interactions vécues au fil des ans nous changent. C’est d’autant plus vrai pour le jeune enfant, pour qui la qualité des expériences vécues sera directement liée à ses comportements ultérieurs, et l’émergence d’attitudes congruentes et adéquates ou non [1].Autant que l’architecte qui apporte un grand soin aux fondations d’une maison, il est nécessaire que nous en fassions autant avec celles de l’enfant. Pour cela, il est de notre responsabilité de former notre regard, par l’appuis de connaissances scientifiques, sur la réalité de l’enfant en développement, pour y ajuster nos attitudes.

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En effet, accompagner le développement d’enfants représente une responsabilité qui engendre des moments de doutes et de difficultés ; faut-il croire les « on dit », faire attention aux « qu’en dira-t-on ? », « lâcher totalement prise » ou alors « serrer la vis » ? Savoir ce qui convient le mieux dans une situation donnée ne tient pas du domaine de la recette de cuisine. Parfois, tous les ingrédients sont réunis et cela ne fonctionne pas, d’autres fois, rien n’est donné et c’est d’une facilité déconcertante. C’est la différence subtile entre « faire » ou « être ». Avoir la bonne attitude, où les (ré)actions découlent spontanément de notre bon sens, c’est être entièrement présent à une situation. Une attitude de vie qui est à contre sens de notre société où l’on nous promet des solutions en kit à appliquer, rapides et efficaces… Mais l’harmonie d’un développement humain ne saurait être rapide !

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On sait actuellement qu’un cerveau n’est mature qu’à l’âge de 25-30 ans [2]. Pourquoi est-ce un processus aussi long ? C’est grâce à cette immaturité cérébrale que le nouveau-né va pouvoir rapidement intégrer sa culture, s’adapter à son environnement, progressivement communiquer avec et agir dessus, pour finalement y jouer un rôle [3]. Ce développement bénéficie des processus d’essai-erreur ; faire faux et se corriger [4]. En effet, le manque de contrôle exécutif d’un cerveau encore immature présente l’immense avantage de générer des erreurs en quantité. L’enfant apprend donc beaucoup plus rapidement, et avec plus de créativité que nos cerveaux adultes ! Il est aussi nécessaire qu’il répète ses erreurs afin d’optimiser leur correction et de raffiner sa compréhension ; cela renforce ses apprentissages. Et comme surmonter l’adversité génère une grande joie [5], l’enfant n’aura de cesse de recommencer ses explorations et donc d’évoluer. Pour lui, tout est question de « choix » ; apprendre à les faire et à en assumer leurs conséquences graduellement… Pour finalement faire des choix judicieux, comme nous sommes amenés à le faire à l’âge adulte, ce qui demande d’avoir accumulé beaucoup de savoirs et de connaissances… Ainsi, il est d’intérêt que le cerveau prenne son temps, et donc la nature est bien faite !

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En contrepartie, s’il est vrai qu’il semble énergétiquement coûteux d’accompagner le développement de jeunes enfants, il ne faut pas sous-estimer la flexibilité mentale que cela entretien chez l’adulte, ainsi que d’autres facultés comme notre propre inhibition, et notre mémoire de travail. C’est un réel entraînement du cerveau pour un adulte, et comme tout entraînement, cela a un effet protecteur. Nous bénéficions donc grandement de ces excès de créativité des jeunes années ; nous devrions en faire notre grande chance et expérimenter avec eux cette aventure humaine avec beaucoup de curiosité !

 

Références bibliographiques :

 

1. Birn RM, Roeber BJ, Pollak SD. Early childhood stress exposure, reward pathways, and adult decision making. Proc Natl Acad Sci U S A. 2017;114(51):13549-54. Epub 2017/12/06. doi: 10.1073/pnas.1708791114. PubMed PMID: 29203671; PubMed Central PMCID: PMCPMC5754769.


2. Gogtay N, Giedd JN, Lusk L, Hayashi KM, Greenstein D, Vaituzis AC, et al. Dynamic mapping of human cortical development during childhood through early adulthood. Proc Natl Acad Sci U S A. 2004;101(21):8174-9. Epub 2004/05/19. doi: 10.1073/pnas.0402680101. PubMed PMID: 15148381; PubMed Central PMCID: PMCPMC419576.


3. Huttenlocher PR, Dabholkar AS. Regional differences in synaptogenesis in human cerebral cortex. J Comp Neurol. 1997;387(2):167-78. Epub 1997/10/23 22:34. PubMed PMID: 9336221.

4. Jung J, Jerbi K, Ossandon T, Ryvlin P, Isnard J, Bertrand O, et al. Brain responses to success and failure: Direct recordings from human cerebral cortex. Hum Brain Mapp. 2010;31(8):1217-32. Epub 2010/02/02. doi: 10.1002/hbm.20930. PubMed PMID: 20120013.


5. de Bruijn ER, de Lange FP, von Cramon DY, Ullsperger M. When errors are rewarding. J Neurosci. 2009;29(39):12183-6. Epub 2009/10/02. doi: 10.1523/JNEUROSCI.1751-09.2009. PubMed PMID: 19793976.

 

Sur le chemin de l'Autonomie... Solange Denervaud, doctorante en neurosciences à l'université de Genève, formée à l'enseignement Montessori, nous explique en 35 fiches dans "Montessori à la maison" comment appliquer au quotidien la philosophie de la célèbre pédagogue. 

 

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Le livre : https://www.amazon.fr/Montessori-%C3%A0-maison-Japprends-apprendre/dp/2809661170

La dernière conférence de Solange Denervaud : http://www.public-montessori.fr/index.php/conference-solange-denervaud/