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Concrètement, comment ça marche ? Deux modèles d’organisation du système éducatif

La mise en place d’une école inclusive nécessite des choix structurels offrant aux élèves les conditions nécessaires à leur accueil, mais également à leurs progrès sur le plan des apprentissages. Marie-Jeanne Accietto, présidente de l’association Autisme Genève, s’est penchée attentivement sur la question et nous donne un éclairage intéressant. Si on regarde ce qui se pratique dans les pays occidentaux qui avancent sur le chemin de l’inclusion, on peut schématiser les approches selon deux grands modèles : le modèle qui utilise l’appui des AIS (Assistant à l’Intégration Scolaire) ou AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) et celui qui met en place un enseignant co-titulaire en classe.

- Le modèle qui utilise l’appui d’AIS (Assistant à l’Intégration Scolaire) en classe ordinaire pour l’accompagnement des élèves à besoins particuliers est celui mis en place en France et au Pays basque espagnol. En effet, dans ces deux régions, et depuis de nombreuses années, les besoins des enfants sont évalués et une personne leur est « attribuée » selon un volume horaire proportionnel aux besoins. L’objectif est de permettre à l’élève de rester en classe régulière tout en bénéficiant des aménagements individuels qui lui sont utiles. L’enseignant titulaire reste celui qui programme le travail, l’assistant apporte son aide à l’élève qu’il suit. Un enseignant spécialisé en charge de plusieurs enfants complète ce dispositif par un regard extérieur, une coordination du réseau et d’éventuelles interventions spécifiques auprès des élèves. 

Ce dispositif donne des résultats très différents selon les pays. Alors que sa réussite et sa pertinence ont été démontrées au Pays basque espagnol, la satisfaction est modérée en France. Alors quelle est la différence ? Elle se situe essentiellement au niveau de la formation, des enseignants mais surtout des AIS. En France, les auxiliaires sont des personnes peu formées au niveau pédagogique alors qu’au Pays basque, la formation des AIS correspond à un bac +2 dans le domaine ciblé. Cette formation permet à l’AIS espagnol une intervention bien plus pertinente et approfondie auprès de l’élève avec des besoins particuliers. De plus, ces professionnels bénéficient d’un vrai statut salarié lorsque que les AIS français ont un statut très précaire (salaire très bas, contrat à durée déterminée). Enfin, toutes les personnes engagées dans ce type d’accompagnement au Pays basque espagnol sont exclusivement choisies sur la base de leur motivation (ont-elles fait du bénévolat auparavant dans ce domaine, des stages, quel est leur rapport aux familles, etc.). L'ensemble de ces paramètres explique la réussite du modèle inclusif du Pays basque espagnol opérant depuis plus de trente ans.

- Le modèle qui met en place un co-titulaire en classe est un modèle américain mis en place, avec succès, depuis les années 80. Cette fois, le choix est fait d’introduire un deuxième enseignant en classe. Les élèves sont donc encadrés par un enseignant « ordinaire », mais déjà fortement sensibilisé par la problématique des « Special Needs » depuis sa formation initiale (ou par son développement professionnel), et par un enseignant « de soutien », ayant des compétences spécifiques dans l’accompagnement des enfants présentant des troubles des apprentissages. La réussite de ce modèle repose bien sur la formation des deux enseignants qui doivent être au fait des élèves qu’ils reçoivent. Le co-titulaire doit obligatoirement actualiser ses compétences par des formations spécifiques afin d’être en mesure d’apporter des réponses précises aux besoins des élèves. En outre, une autre particularité de ce modèle est un effectif de classe modéré (entre 12 et 15 élèves).

Ce dispositif permet d’accueillir plusieurs enfants avec des besoins éducatifs particuliers dans la même classe (entre 2 et 4 selon leur besoin de soutien). La présence des deux enseignants permet une différenciation systématique et une grande souplesse dans la formation de groupes de besoins. Ainsi, ce modèle est au bénéfice de tous les élèves de la classe et semble donner une grande satisfaction.

Les deux modèles proposés ci-dessus sont complétés par un dispositif de "classes intégrées" (ou ULIS en France) qui accueillent des élèves avec des besoins d'accompagnement plus importants. Ces classes sont conduites par un enseignant spécialisé et un éducateur (ou AVS collectif) et accueillent entre 6 et 12 élèves. Seuls les élèves à grands besoins sont inscrits dans ces classes, sinon les élèves sont prioritairement scolarisés dans les classes régulières (modèle 1 ou 2).


Pour en savoir plus : 

Site de l’association Autisme Genève : http://autisme-ge.ch

A titre d'information, le modèle de l'inclusion des élèves autistes, par exemple, est consultable sur le site de GAUTENA (association qui défend les personnes autistes) au Pays basque : http://www.gautena.org/en/gautena.org/home/home.php (en anglais)