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Ségrégation, intégration, inclusion : quel est l’historique de la scolarisation des enfants à besoins particuliers ?

Serge Thomazet, chercheur et spécialiste de la question de la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers, longtemps au Québec (Canada) puis à l’université de Clermont-Ferrand (France), nous éclaire sur les enjeux de chaque notion à travers différents articles1 et présentations2. Pour commencer, un rapide aperçu historique nous permettra de mieux saisir les raisons de l’émergence du terme d’inclusion et les avantages de l’adopter.

Retour sur trois périodes : ségrégative, intégrative et inclusive

Il y a un siècle, dans la plupart des pays du monde, les enfants présentant des particularités majeures n’étaient pas scolarisés du tout, se retrouvant généralement exclus de la société. En France ou en Suisse, au XXème siècle, les institutions spécialisées, du type IME (Institut Médico Educatif) ou CMP (Centre Médico Pédagogique), se sont largement développées, offrant aux élèves des conditions d’apprentissage adaptées à leur handicap. Si le développement de ces filières partait d’une bonne intention, il n’en constituait pas moins, pour ces jeunes, une situation ségrégative, les plaçant en marge de la société.

difference

Image de l'association So'Lille

A partir des années 1970, aux Etats-Unis, une nouvelle politique d’instruction de ces jeunes est menée. Elle se concrétise par une intégration en école ordinaire (mainstream education) pour les matières où l’enfant a fait la preuve qu’il pouvait suivre, accompagnée d’un enseignement spécialisé en dehors de la classe pour les besoins spécifiques (rééducation). Mais ce dispositif a montré ses limites. En effet, ce système attend de l’enfant qu’il s’adapte à l’école mais l’école ne s’adapte pas à l’enfant. Or dans les moments où le jeune ne peut suivre les enseignements avec ses camarades, il vit des retraits ségrégatifs de la classe dont les chercheurs ont montré des effets négatifs importants (Will, 1985).

Dans la plupart des pays européens, encouragés par la publication de rapports de l’UNESCO affirmant le droit des personnes handicapées à participer plus activement à tous les aspects de la vie sociale (conférence de Salamanque, 1994), le concept d’intégration a également permis d’accueillir des élèves handicapés à l’école ordinaire. Mais si de simples adaptations ont permis aux enfants présentant des déficiences sensorielles ou motrices de suivre les cours en classe ordinaire, cela n’a pas été si simple pour les enfants porteurs de retard mental, de troubles du spectre de l’autisme ou de troubles du comportement. L’intégration proposée se limitait alors aux simples aspects sociaux (partage de la récréation, des repas...), voire à une simple intégration physique (les enfants sont scolarisés dans une classe spécialisée à l’intérieur d’une école ordinaire).

collectif inclusion scolaire

Dans l’inclusion, chacun bénéficie de ce dont il a besoin.

Image du Collectif pour l'inclusion scolairehttp://collectif-inclusion.blogspot.ch

Face au constat des intérêts limités de l’intégration et de la ségrégation, les spécialistes américains sont repartis dans un débat institutionnel sur l’efficacité des services d’éducation spéciale. Une nouvelle conception de l’intégration nommée éducation ou école inclusive a émergé, celle d’une intégration des enfants et adolescents à besoins éducatifs particuliers en école ordinaire, sans retrait de classe (ou de façon tout à fait exceptionnelle), mais mettant en œuvre des situations d’enseignement adaptées à tous, quels que soient les besoins.

Ainsi, depuis une dizaine d’années, s’amorce un mouvement dans les pays occidentaux, celui qui exige que l’école ordinaire fasse un peu plus de chemin en direction des élèves à besoins particuliers. L’école inclusive propose un enseignement différencié pour tous, aménagé dans le cadre ordinaire, afin de rencontrer les besoins de tous les élèves, « qu’ils soient tout à fait ordinaires, à haut potentiel, issus de communautés ethniques ou religieuses particulières, sportifs d'élites, artistes ou en situation de handicap » (DIP, 2015)3. C’est donc, au-delà d’un dispositif éducatif, une nouvelle façon de concevoir la vie dans notre société. Elle vise à inclure chaque individu, quelle que soit sa spécificité. C’est d’une véritable école pour tous dont il s’agit.


 Références :

1 THOMAZET Serge (2008), « L’intégration a des limites, pas l’école inclusive ! ». Revue des sciences de l’éducation, volume 34, numéro 1, p. 123-139. http://id.erudit.org/iderudit/018993ar

2 THOMAZET Serge (2015), « L’école inclusive, des mots aux actes ». Journée de travail et d’échanges « Sur le chemin de l’école inclusive ». 21/11/2015, Genève, DIP. http://ge.ch/dip/media/site_dip/files/imce/doc/ecole-inclusive/151121-presentation-thomazet.pdf

3 Commission consultative transitoire de l’Ecole Inclusive (2015), « Séance introductive du lundi 5 octobre 2015). Genève, DIP. http://ge.ch/dip/media/site_dip/files/imce/doc/ecole-inclusive/presentation-commission-consultative.pdf